La glottophobie ou le rejet de l’accent : une conférence à ne pas louper si vous êtes passionné par les langues

Aujourd’hui, nous vous parlons d’accents. Mais pas juste d’accents comme lorsque l’on confond le « u » et le « ou » ou lorsqu’on a du mal avec la jota de l’espagnol. Cela vous est probablement arrivé : vous parlez une langue étrangère avec un accent et les locuteurs natifs froncent les sourcils ou trouvent que vous pourriez faire un effort sur la prononciation. Ou, à l’inverse, lorsque vous entendez des personnes s’exprimer dans votre langue, qui n’est pas leur langue maternelle, et que vous n’aimez pas la façon avec laquelle ils prononcent la langue, que vous leur faites la remarque ou que vous leur dites de  « travailler leur accent », de « mieux prononcer ». Vous ne saviez peut-être peut que cela porte un nom : la glottophobie, soit le rejet des accents. Philippe Blanchet aborde la question de la glottophobie dans une conférence que nous avons écoutée ce mois-ci et qui est abosulument passionnante. On vous explique ce que vous y trouverez et pourquoi vous devriez aussi la mettre dans vos podcasts préférés !

 

glottophobie.jpg
Mauvaises langues !, N°52 du Journal Agir par la culture consultable en ligne ici

La conférence

La conférence s’est déroulée à l’Université de Haute Corse Pasquale Paoli et a été enregistrée en janvier 2018. C’est une conférence de Philippe Blanchet, un éminent expert en sociolinguistique et en didactique de la communication plurilingue et interculturelle, professeur à l’Université de Rennes 2 (Rennes est la ville principale de Bretagne, dans l’Ouest de la France).

La conférence dure 1h20 environ puis elle est suivie d’une séance de questions réponses.

Sa durée totale est de 2h00.

Il n’est pas nécessaire d’écouter la session de questions réponses, la conférence est suffisamment riche d’apports sur le sujet.

Voici le lien vers la vidéo :

 

 

Pour mieux aborder la conférence : le contexte français, plusieurs langues régionales

Il faut savoir qu’en France il y a de très nombreuses langues régionales :

  • le basque
  • le breton
  • le catalan
  • le corse
  • les dialectes allemands d’Alsace et de Moselle (alsacien et francique mosellan)
  • le flamand occidental
  • le francoprovençal
  • les langues d’oïl (bourguignon-morvandiau, champenois, franc-comtois, gallo, lorrain, normand, picard, poitevin-saintongeais (poitevin, saintongeais), wallon),
  • l’occitan ou langue d’oc (gascon, languedocien, provençal, auvergnat, limousin, vivaro-alpin)
  • les parlers liguriens
  • plus tous les parlers de l’Outre Mer (source : ici).

Or il faut aussi savoir que la France a la particularité d’être l’un des seuls pays d’Europe à s’opposer à donner un statut officiel à ses langues régionales. Nous vous invitons d’ailleurs à réagir à ce propos dans les commentaires.

La langue française est un tel symbole pour la nation qu’il est très compliqué pour tous ceux qui veulent que les langues régionales soient reconnues d’obtenir gain de cause (pour l’instant).

Aujourd’hui, les langues régionales sont tout juste tolérées, et si parfois elles sont enseignées à l’école, cela n’est pas nécessairement encouragé.

Si la question des langues régionales du point de vue du droit vous intéresse, voici une publication claire et intéressante de Florence Benoit-Rohmer, professeure de droit public et ancien doyen de la Faculté de Droit de Strasbourg, à consulter ici.

 

Questions juridiques : rejet institutionnel ?

« La discrimination sociolinguistique est la discrimination contre ceux dont la façon de parler ne correspond pas à la langue standard. » (Irene García-Aranda Gonzalo, à consulter ici).

Blanchet détaille pour commencer de nombreux témoignages de glottophobie à partir d’incidents qui se sont déroulés en France.

On apprend par exemple que jusqu’en 1983, il y avait une loi en Nouvelle Calédonie – territoire français- qui punissait d’une peine de prison ceux qui étaient surpris à parler kanak en public.

Le professeur parle également du regroupement familial et des tests linguistiques que les conjoints de français provenant de pays « à visa » qui veulent les rejoindre en France doivent passer. Cela soulève le problème de la discrimination et celui de l’intrusion dans la vie privée à travers le niveau maîtrise de la langue officielle en France, le français.

Dans cette conférence, on parle d’orthographe de prénoms régionaux, de la « supériorité » supposée du français de Paris par rapport aux parlers régionaux, du parler « pittoresque » des Canadiens, on parle aussi de refus d’accès aux soins car « on ne comprend pas ce que les personnes disent », on parle de la clause Molière, on parle beaucoup de parlers régionaux, et de polynomie (« Le concept de langue polynomique désigne un ensemble de variétés linguistiques présentant certaines différences typologiques (sur le plan de la phonétique, de la morphologie ou de la syntaxe), mais considéré par ses locuteurs comme dotées d’une forte unité. » Source: Wikipedia).

La glottophobie c’est donc aussi le fait de considérer que certaines langues sont meilleures que d’autres, c’est aussi le fait de disqualifier une personne en fonction de la langue qu’elle parle. La glottophobie est violente car elle atteint l’identité de l’être,  la langue étant une partie de l’identité d’une personne.

 

L’idéologie linguistique hégémonique en France

Blanchet parle de dictature linguistique en remontant à l’époque coloniale.

Il argumente sur le fait qu’une certaine idéologie linguistique est transmise à l’école depuis bien longtemps : on apprend aux enfants que leur langue maternelle est le français, alors que la réalité est beaucoup plus diverse. Il aborde aussi  la question du rapport trop souvent idéologique des hommes politiques à la langue.

Enfin le professeur explique les solutions pour faire reculer la glottophobie.

Blanchet rappelle pour finir l’idée que derrière l’égalité linguistique, il en va de l’accès de tous aux services de la République et donc il y a un enjeu d’égalité. La glottophobie n’est donc pas une simple question d’accent.

À conseiller ?

Absolument ! Nous espérons que l’aperçu que nous venons de brosser vous donnera envie d’en savoir plus, Blanchet nous ouvre les yeux dans cette conférence sur des enjeux méconnus, sous-estimés et pourtant cruciaux de la langue.

 

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